UN RIPLEY BOGLE (MICHEL) /
Dehors la nuit s’avance
Tu l’apprécierais si tu le pouvais mais les privations t’ont engourdi
Une idée soudaine
Aller dans une gare
Idéal ce sont des endroits où tu peux vagabonder plus ou moins incognito Nombreux sont ceux qui attendent dans les gares
Rôde autour d’eux
Sois près d’eux
Laisse les se frotter à toi
Efforce-toi de faire comme eux
Tout quidam a une endurance limitée face à l’ennui
La première population
La foule de ceux qui rentre chez eux après le travail a quitté la place et la gare est moins peuplée mais plus sinistre qu’auparavant
Tu décides d’aller marcher
UN RIPLEY BOGLE (ETIENNE) /
Si tu t’y donnes à fond marcher réchauffe
Ça t’empêche de fumer tes cigarettes trop vite
Ça adoucit l’ennui
Ça te détourne du tocsin insistant qu’est devenue ta santé
Marcher distrait et émerveille
Marcher donne l’impression que tu vas quelque part
Vers une direction connue de toi seul
Et cela présente aussi un aspect relativement bénéfique
Tu vas avoir ainsi une impression certaine du froid que tu affronteras ce soir
Cette impression est violemment trompeuse
Tu sous-estimes toujours
Tu vas te geler
Même si tu as déjà affronté ce genre de choses auparavant tu auras encore oublié à quel point ce froid-là est terrible et demain tu l’auras encore oublié
C’est un souvenir infect dont personne ne veut
Personne n’aime penser qu’on a été à ça de mourir d’hypothermie la nuit précédente
UN RIPLEY BOGLE (ABDEL) /
Tu respires toujours
Tu soupires profondément soulagé
Bien joué encore
Tu t’en es tiré
Félicitations
Tu es un héros un survivant
Marche
Continue
Café, cigarettes
UN RIPLEY BOGLE (ABDEL) /
Regarde
Les ténèbres ont maintenant recouvert la ville et voici qu’elle déverse sa seconde population
Les épicuriens
Les jouisseurs
Ceux-là sont ta croix
Tu observes quand ils dépensent leur monticule leur montagne de pièces et de billets en boissons
Plats copieux servis par des serveurs hautains
Deux heures de lobotomie collective en technicolor
Déclamations de médiocrités thespiennes par une bande de trous de cul égocentriques
Tu rêves devant le montant des notes de taxi qui pourraient te payer le lit pour la nuit
Tu détailles les gros connards gominés qui dilapident leur peine hebdomadaire pour un rut d’à peine 5 minutes trente avec un vieux sac syphilitiques à l’haleine de porc
UN RIPLEY BOGLE (MICHEL) /
Il te faudrait un endroit vide de toute joie consumériste pour reposer ton esprit
Que dirais-tu d’une gare encore
Tu as l’embarras du choix
UN RIPLEY BOGLE (FRANK) /
Allez petite bombe sexuelle que tu es
Quelqu’un va forcément te brancher
Une bimbo maternante avec un penchant pour le type jeune ouvrier
Pour le type jeune ravagé
Pour le type jeune artiste
Je suis tous les types
Je suis tout
Je suis Ripley Bogle
Ou Bob Dylan
Rêverie
UNe RIPLEY BOGLE (DOROTHEE) /
Je suis les femmes
Je suis les femmes des capitales
Je suis perchées et je suis chics
Je suis belles
Je sens bon
Je suis l’aune de ta disgrâce
Je rie fort sans remarquer ta présence
Contemple-moi
Contemple-nous
De loin
En chien espérant les caresses mais redoutant la claque
Tu regardes nos jambes
Tu penses comme elles doivent être douces
Tu contemples nos lèvres
Tu soupires elles sont si rouges
Tu n’as rien vu
Imagine comme nos seins doivent être fermes et brûlants
Lis-tu tout l’amour que nous portons en nous
Voudrais-tu ta part
C’est normal
Tu nous aimes
Oui
A en crever
Le regard dévorant que tu portes sur nous nous le sentons tu sais
Nous le devinons ce manque en toi
Nous sommes trop pressées pour te voir
Attendues ailleurs
Ne cherche pas notre regard nous ne te verrons pas
Ne nous héle pas nous ne te répondrons pas
Ne nous touche pas ou nous crierons
Reste à ta place
Continuons de nous frôler en silence dans l’invisibilité de la nuit
Suivons chacun nos pas butés qui nous mènent vers des mondes hermétiques
Contente-toi de peupler tes rêves de notre présence
UN RIPLEY BOGLE (ETIENNE) /
It’s in these corpsehours that my thoughts turn to my women
The history girls
UN RIPLEY BOGLE (ABDEL) /
Oh tu es énervé
Normal non
Une des curieuses conséquences de la vie de sans-abri c’est qu’elle te rend terriblement
Terriblement socialiste
UN RIPLEY BOGLE (ETIENNE) /
gauche droite
gauche droite
gauche droite
gauche droite
gauche droite
gauche droite
gauche droite
Marcher réchauffe
Marcher distrait et émerveille
Marcher donne l’impression que tu vas quelque part
Vers une direction connue de toi seul
Même si tu n’as nulle part où aller
LE VRAI FAUX RIPLEY BOGLE (as Internal DJ) /
How does it feel
To be on your own
A complete unknown
With no direction home
UN RIPLEY BOGLE (MICHEL) /
Tu vois les vrais clochards les véritables destitués se limitent à tourner en rond pour se réchauffer ou ne pas devenir fous
Ou ils érigent ces grands cercueils en cartons où ils se glissent pour un sommeil plein d’affliction
Les clodos s’écroulent ou piquent un roupillon aviné devant l’huis d’une pharmacie de High Street
Ils titubent
Ils chutent
Ils s’en foutent
Mais toi
Toi tu restes mobile
UN RIPLEY BOGLE (ABDEL) /
Comme ça les flics te laissent tranquille
UN RIPLEY BOGLE (FRANCK)/
Tu n’arrêtes pas la marche
Au-delà de la souffrance
Tandis que les jambes oublient et que les pieds improvisent
Tu marches
Parce que
Et c’est là le point essentiel du truc
UN RIPLEY BOGLE (MICHEL) /
Tu marches parce que tu as tellement honte
Humiliation
Amertume
Et honte
Tout cela pour toi et plus encore
UN RIPLEY BOGLE (ABDEL) /
Tu mourrais plutôt que de laisser quelqu’un découvrir ça
Now or ever
UN RIPLEY BOGLE (ETIENNE) /
gauche droite
gauche droite
gauche droite
gauche droite
gauche droite
gauche droite
gauche droite
Tu es tombé
Ce sont les aléas du direct
UN RIPLEY BOGLE (MICHEL) /
Et la ville
La ville
Tapie dans la nuit
Divinité urbaine
Noire comme le trépas
Fais-lui allégeance
Vénère
Attends
lundi 23 novembre 2009
samedi 21 novembre 2009
dimanche 25 octobre 2009
jeudi 22 octobre 2009
Strange fruit
Ce monde est étrange.
Nous avons repris le travail. Pour l'instant, nous en sommes à des expériences, des essais menés en vase-clos dans d'anciens entrepôts en plein coeur de Paris. Dans la ville. Nous commençons à la tombée du jour et nous nous quittons la nuit. Entre-temps, nous manipulons des miroirs, des lumières et nous dansons (enfin, nous danserons demain). La séance finie, je rentre ensuite chez moi. Eux, dans leurs foyers respectifs à Nanterre, Gagny, toujours en banlieue. Et sur notre chemin, nous avons croisé des femmes. Beaucoup de femmes. Des citadines jeunes et moins jeunes, inaccessibles et chics. Je sens que toute cette féminité ne laisse pas insensible mes camarades. Leur émoi, leur enthousiasme, leur galanterie maladroite leur confère une aura juvénile et dramatique. Devant ces "objets de perfection glacée", nous sommes encore plus démunis. Ces regards par-dessous, cette gêne, ce désir violent que la honte fait taire révèlent la distance qui nous sépare d'elles.
Sans doute est-cela le changement le plus notable depuis Gagny. Ca et l'hiver et le froid et la nuit. Pour le coup, nous sommes vraiment dans l'histoire, au plus près de Ripley Bogle et de ses digressions sentimentales.
"It's in these corpsehours that my thougts turn to my women. The history girls. In all my life, you women seemed the gravest priority, each one a spray of godliness, a crutchhole in the shingle. My women, thinking them all out always cheers me up".
Etienne comprend ce dont il est question ici.
Nous avons repris le travail. Pour l'instant, nous en sommes à des expériences, des essais menés en vase-clos dans d'anciens entrepôts en plein coeur de Paris. Dans la ville. Nous commençons à la tombée du jour et nous nous quittons la nuit. Entre-temps, nous manipulons des miroirs, des lumières et nous dansons (enfin, nous danserons demain). La séance finie, je rentre ensuite chez moi. Eux, dans leurs foyers respectifs à Nanterre, Gagny, toujours en banlieue. Et sur notre chemin, nous avons croisé des femmes. Beaucoup de femmes. Des citadines jeunes et moins jeunes, inaccessibles et chics. Je sens que toute cette féminité ne laisse pas insensible mes camarades. Leur émoi, leur enthousiasme, leur galanterie maladroite leur confère une aura juvénile et dramatique. Devant ces "objets de perfection glacée", nous sommes encore plus démunis. Ces regards par-dessous, cette gêne, ce désir violent que la honte fait taire révèlent la distance qui nous sépare d'elles.
Sans doute est-cela le changement le plus notable depuis Gagny. Ca et l'hiver et le froid et la nuit. Pour le coup, nous sommes vraiment dans l'histoire, au plus près de Ripley Bogle et de ses digressions sentimentales.
"It's in these corpsehours that my thougts turn to my women. The history girls. In all my life, you women seemed the gravest priority, each one a spray of godliness, a crutchhole in the shingle. My women, thinking them all out always cheers me up".
Etienne comprend ce dont il est question ici.
dimanche 11 octobre 2009
jeudi 20 août 2009
(im)mobile /// Phase 2 : excavation
http://www.youtube.com/watch?v=vIgpFKOVS0Y&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=N_gEQ9dnnqw&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=c3fvyAl2Tkw&feature=related
Ok.
Je radote.
Cela fait huit ans que je radote.
Avec Ripley Bogle.
Avec les lumières et les miroirs pour Ripley Bogle.
Avec les chiens errants pour Ripley Bogle.
Avec les musiques pour Ripley Bogle.
Seulement, si tu as bien suivi le truc (et peu importe le moment où tu as commencé à le suivre), tu remarqueras qu'il y a d'infimes variations.
Comme dans la musique répétitive, il y a d'infimes variations à chaque répétition.
Ces variations, aussi minimes soient-elles, donnent l'impression d'un mouvement.
Translations infinitésimales d'un point à un autre.
Ce que tu prenais pour un cercle, devient en vérité une flèche.
Durant les mois de mai et juin derniers, nous avons travaillé sur les balbutiements d’un spectacle s’intitulant (Je suis) Ripley Bogle (pour résumer vite fait le truc : l’histoire sur un sans abri Irlandais errant à Londres à la fin des années 80, l’histoire d’un livre et de ceux qui le lisent ou en entendent parler, l’histoire de rêves de jeunesse, de dépossessions et de vampires).
Au cours de cette quinzaine de séances passées dans ce centre d’accueil de jour pour SDF, six « usagers » de la boutique solidarité de Gagny participant au projet sont peu à peu devenus les acteurs essentiels de la mise en scène que je veux à terme construire. Ensemble, nous avons déjà abouti à une sorte d’introduction de ce qui nous attend.
Voilà, ce que j’écrivais dans le mail destiné à inciter d’autres vivants à découvrir ce début d’histoire :
J’ai rencontré Abdel, Christophe, Dorothée, Etienne, Franck, Michel, à la boutique solidarité de Gagny, voilà bientôt deux mois. Excité par la perspective d'un travail éprouvant et hors du cadre conventionnel sur un texte qui a guidé mon adolescence (ce qu'il en reste), J'ai vu à chaque séance passée à leur côté, se briser mes quelques certitudes de jeune metteur en scène. Ce dialogue, cet apprivoisement, cette douce destruction du savoir-faire et des a priori ont permis d’aborder avec une grande liberté le roman RIPLEY BOGLE de Robert McLiam Wilson. Sur ces ruines ne restent plus désormais que l'envie de parler d'eux, les invisibles, les destitués et de, leur porte-parole fictionnel : Ripley Bogle.
Ce roman narre le quotidien d’un jeune SDF originaire de Belfast errant dans le Londres à la fin des années 80, celui du Thatchérisme et de la trickledown theory. Ce héros de fiction, qui se définit notamment comme un symbole de l’époque, nous avons essayé de le découvrir en inventoriant tout ce qui nous rapprochait de lui. De cette quête d’identité s’est édifiée peu à peu une forme que nous vous présentons aujourd’hui dans ce lieu de vie pour sans-abris dans lequel le spectacle a commencé à se construire. L’espace va être utilisé tel qu’il est au quotidien. Les déplacements des comédiens obéissent également à une circulation marquée par l'habitude. C’est à travers ce quotidien et ces habitudes que la présence de Ripley Bogle ("mon" Ripley Bogle) va se révéler de manière insidieuse. Cette forme courte met en lumière les éléments du drame à venir. Il n’y a aucune volonté didactique, juste la volonté d’opérer une réconciliation, de rendre compte d'une réalité, d'inventer un mystère avant d’entreprendre l’excavation.
Excavation. Christophe m’a fait remarquer la violence du mot. Reste que je m’y accroche, aujourd’hui persuadé que c’est ce dont ce spectacle a besoin pour pouvoir exister.
La deuxième phase de (Je suis) Ripley Bogle consistera donc à creuser. Profond. Comme Ripley Bogle, à Londres, cherchant à t’expliquer comment il en est arrivé là, nous reviendrons sur le passé. Nous devrons extraire ce qu’il reste de notre jeunesse et de ses héros. La méthode de cette recherche ne se veut ni médicale, ni psychanalytique, mais sensible et intuitive. Le but de celle-ci n’est pas d’arriver à un documentaire, mais à un spectacle. En d’autres termes, il n’y aura pas arrachage de confidences, déballage impudique sous menaces ou autres procédés malhonnêtes du genre et d’ailleurs, le corps d’un homme, quasi-immobile, sur un espace appelé scène suffit parfois à suggérer aux spectateurs un nombre infini d’histoires.
La matière à partir de laquelle nous allons travailler cette fois-ci est celle de l’intime. Afin d’en faire quelque chose, on continuera à la modeler grâce à tous les artifices qui permettent le dédoublement (miroir, regard de l’autre, incarnation d’un personnage). Ces artifices permettront aussi bien de distancier les expériences personnelles et de les fictionnaliser que de constituer un vecteur poétique d’affirmation (comme si notre reflet dans le miroir ou dans le regard de l’autre était la preuve la plus sûre de notre existence).
Ces sommes d’expériences vont donc se mélanger, passant d’acteurs en acteurs, à la fois pour créer une parole commune, mais aussi pour brouiller les limites entre la réalité et la fiction, ce qui vient du roman et ce qui vient de nous.
Ce parcours risque d’être long, épuisant et peu sûr (ce genre d’aventure est à la fois une guerre et une épiphanie), c’est pour cela qu’il suivra un canevas narratif volontairement libre et sujet à évolutions ; Cette fausse rigidité permettra de donner une assise solide à cette deuxième phase de recherche. Deux chemins narratifs parallèles et interdépendants seront suivis : celui des aventures de Ripley Bogle telles qu’elles existent dans le roman et celui du personnage de l’Insignifiant, démiurge ayant choisi d’adapter à la scène le roman de sa jeunesse, Ripley Bogle.
Les routes de ces histoires ne cesseront de s’entrecouper puis de se perdre pour mieux se recroiser, chacune étant l’image distraite de l’autre, son écho plus ou moins lointain, plus ou moins perceptible.
http://www.youtube.com/watch?v=N_gEQ9dnnqw&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=c3fvyAl2Tkw&feature=related
Ok.
Je radote.
Cela fait huit ans que je radote.
Avec Ripley Bogle.
Avec les lumières et les miroirs pour Ripley Bogle.
Avec les chiens errants pour Ripley Bogle.
Avec les musiques pour Ripley Bogle.
Seulement, si tu as bien suivi le truc (et peu importe le moment où tu as commencé à le suivre), tu remarqueras qu'il y a d'infimes variations.
Comme dans la musique répétitive, il y a d'infimes variations à chaque répétition.
Ces variations, aussi minimes soient-elles, donnent l'impression d'un mouvement.
Translations infinitésimales d'un point à un autre.
Ce que tu prenais pour un cercle, devient en vérité une flèche.
2.
Excavation
Automne-hiver 2009
Automne-hiver 2009
Durant les mois de mai et juin derniers, nous avons travaillé sur les balbutiements d’un spectacle s’intitulant (Je suis) Ripley Bogle (pour résumer vite fait le truc : l’histoire sur un sans abri Irlandais errant à Londres à la fin des années 80, l’histoire d’un livre et de ceux qui le lisent ou en entendent parler, l’histoire de rêves de jeunesse, de dépossessions et de vampires).
Au cours de cette quinzaine de séances passées dans ce centre d’accueil de jour pour SDF, six « usagers » de la boutique solidarité de Gagny participant au projet sont peu à peu devenus les acteurs essentiels de la mise en scène que je veux à terme construire. Ensemble, nous avons déjà abouti à une sorte d’introduction de ce qui nous attend.
Voilà, ce que j’écrivais dans le mail destiné à inciter d’autres vivants à découvrir ce début d’histoire :
J’ai rencontré Abdel, Christophe, Dorothée, Etienne, Franck, Michel, à la boutique solidarité de Gagny, voilà bientôt deux mois. Excité par la perspective d'un travail éprouvant et hors du cadre conventionnel sur un texte qui a guidé mon adolescence (ce qu'il en reste), J'ai vu à chaque séance passée à leur côté, se briser mes quelques certitudes de jeune metteur en scène. Ce dialogue, cet apprivoisement, cette douce destruction du savoir-faire et des a priori ont permis d’aborder avec une grande liberté le roman RIPLEY BOGLE de Robert McLiam Wilson. Sur ces ruines ne restent plus désormais que l'envie de parler d'eux, les invisibles, les destitués et de, leur porte-parole fictionnel : Ripley Bogle.
Ce roman narre le quotidien d’un jeune SDF originaire de Belfast errant dans le Londres à la fin des années 80, celui du Thatchérisme et de la trickledown theory. Ce héros de fiction, qui se définit notamment comme un symbole de l’époque, nous avons essayé de le découvrir en inventoriant tout ce qui nous rapprochait de lui. De cette quête d’identité s’est édifiée peu à peu une forme que nous vous présentons aujourd’hui dans ce lieu de vie pour sans-abris dans lequel le spectacle a commencé à se construire. L’espace va être utilisé tel qu’il est au quotidien. Les déplacements des comédiens obéissent également à une circulation marquée par l'habitude. C’est à travers ce quotidien et ces habitudes que la présence de Ripley Bogle ("mon" Ripley Bogle) va se révéler de manière insidieuse. Cette forme courte met en lumière les éléments du drame à venir. Il n’y a aucune volonté didactique, juste la volonté d’opérer une réconciliation, de rendre compte d'une réalité, d'inventer un mystère avant d’entreprendre l’excavation.
Excavation. Christophe m’a fait remarquer la violence du mot. Reste que je m’y accroche, aujourd’hui persuadé que c’est ce dont ce spectacle a besoin pour pouvoir exister.
La deuxième phase de (Je suis) Ripley Bogle consistera donc à creuser. Profond. Comme Ripley Bogle, à Londres, cherchant à t’expliquer comment il en est arrivé là, nous reviendrons sur le passé. Nous devrons extraire ce qu’il reste de notre jeunesse et de ses héros. La méthode de cette recherche ne se veut ni médicale, ni psychanalytique, mais sensible et intuitive. Le but de celle-ci n’est pas d’arriver à un documentaire, mais à un spectacle. En d’autres termes, il n’y aura pas arrachage de confidences, déballage impudique sous menaces ou autres procédés malhonnêtes du genre et d’ailleurs, le corps d’un homme, quasi-immobile, sur un espace appelé scène suffit parfois à suggérer aux spectateurs un nombre infini d’histoires.
La matière à partir de laquelle nous allons travailler cette fois-ci est celle de l’intime. Afin d’en faire quelque chose, on continuera à la modeler grâce à tous les artifices qui permettent le dédoublement (miroir, regard de l’autre, incarnation d’un personnage). Ces artifices permettront aussi bien de distancier les expériences personnelles et de les fictionnaliser que de constituer un vecteur poétique d’affirmation (comme si notre reflet dans le miroir ou dans le regard de l’autre était la preuve la plus sûre de notre existence).
Ces sommes d’expériences vont donc se mélanger, passant d’acteurs en acteurs, à la fois pour créer une parole commune, mais aussi pour brouiller les limites entre la réalité et la fiction, ce qui vient du roman et ce qui vient de nous.
Ce parcours risque d’être long, épuisant et peu sûr (ce genre d’aventure est à la fois une guerre et une épiphanie), c’est pour cela qu’il suivra un canevas narratif volontairement libre et sujet à évolutions ; Cette fausse rigidité permettra de donner une assise solide à cette deuxième phase de recherche. Deux chemins narratifs parallèles et interdépendants seront suivis : celui des aventures de Ripley Bogle telles qu’elles existent dans le roman et celui du personnage de l’Insignifiant, démiurge ayant choisi d’adapter à la scène le roman de sa jeunesse, Ripley Bogle.
Les routes de ces histoires ne cesseront de s’entrecouper puis de se perdre pour mieux se recroiser, chacune étant l’image distraite de l’autre, son écho plus ou moins lointain, plus ou moins perceptible.
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